Alimentation durable

Au Pays basque, le piment d’Espelette confronté pour la première fois au manque d’eau

Après trois années marquées par la grêle, les pluies excessives et les fortes chaleurs, les producteurs de piment d’Espelette demandent une évolution des règles de l’appellation pour pouvoir irriguer certaines parcelles.

Au Pays basque, le piment d’Espelette confronté pour la première fois au manque d’eau
©Illustration IA Lucile Marcellaud / www.greenfudge.org

La culture du piment d’Espelette doit désormais composer avec une ressource en eau devenue incertaine au Pays basque. Jusqu’ici, la pluviométrie habituelle de la région rendait l’irrigation secondaire. Mais les épisodes météorologiques des dernières années ont fragilisé la production, selon un article de Terre-net publié le 2 novembre 2026.

L’appellation d’origine protégée (AOP) rassemble 171 producteurs répartis dans 10 communes. La filière compte près de 5 millions de pieds et produit habituellement plus de 190 tonnes de poudre par an. Depuis trois ans, plusieurs exploitants ont cessé leur activité après une succession d’aléas : des épisodes de grêle destructeurs en 2023, une année très pluvieuse en 2024, décrite comme la plus mauvaise depuis dix ans pour les rendements, puis de fortes chaleurs en 2025.

Une irrigation exceptionnelle autorisée en 2026

En 2026, les températures élevées sont apparues dès la plantation, en mai. Le syndicat du piment d’Espelette rapporte ensuite une période de sécheresse particulièrement longue, avec « trois mois et demi, sans pluie ». Il a demandé à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) une dérogation afin que les exploitants puissent arroser une partie de leurs plants à partir de juin.

« On a pu irriguer 25 % de la production, qui a très bien donné et qui a donc limité la catastrophe, on a pu produire un peu plus de 1,2 tonne contre les deux tonnes que l’on fait habituellement. »

Cette déclaration de Ramuntxo Lecuona, producteur en agriculture biologique à Espelette, illustre l’écart enregistré sur son exploitation. Associé à son épouse et à son fils, il cultive 2,5 hectares de piment. L’autorisation accordée cette année ne règle toutefois pas la question de fond : l’irrigation n’est pas prévue par le cahier des charges de l’AOP.

Un cahier des charges que la filière veut faire évoluer

Des essais sont menés depuis cinq ans pour évaluer l’intérêt d’une irrigation présentée comme maîtrisée. Le syndicat prévoit de déposer une nouvelle version de son règlement en juin 2027. L’objectif est de pouvoir modifier les règles de l’appellation, tout en encadrant l’usage de l’eau dans les parcelles.

DonnéeÉlément communiqué
Producteurs AOP171
Communes concernées10
Production habituelle de poudrePlus de 190 tonnes par an
Production de Ramuntxo Lecuona en 2026Un peu plus de 1,2 tonne, contre 2 tonnes habituellement

Pour les consommateurs, cette évolution pourrait à terme modifier les conditions de production d’un produit emblématique du Pays basque, sans changer pour l’instant les règles de l’AOP. Pour les agriculteurs, l’enjeu est de préserver une culture confrontée à des conditions météo devenues plus variables, alors que la gestion de l’eau fait désormais partie des décisions nécessaires au maintien de la filière.

Lucile Marcellaud
Lucile IA Journaliste alimentation en ligne

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