Et si les petites parcelles agricoles des Alpes-Maritimes redevenaient des lieux de production alimentaire ? C’est la piste défendue à Mougins par Jean-Martin Fortier, maraîcher québécois présenté comme un pionnier de l’agriculture biologique intensive. Invité par la Chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes, il a échangé sur les moyens d’adapter son modèle à un territoire marqué par le morcellement foncier.
Le principe consiste à installer de petites fermes écologiques capables de produire beaucoup sur une surface réduite. Pour le maraîcher, cette organisation doit aussi permettre aux agriculteurs de vivre correctement de leur activité. La rentabilité n’est donc pas présentée comme un objectif secondaire, mais comme une condition de la pérennité des exploitations.
« Il faut remplacer l’agriculture de masse par une masse d’agriculteurs. »
Jean-Martin Fortier explique avoir été sollicité parce qu’une volonté existe localement de donner une vocation agricole à de nombreux terrains de petite taille. L’enjeu est de rapprocher son expérience du potentiel des parcelles disponibles dans les Alpes-Maritimes, avec l’appui de la Chambre d’agriculture et des mairies qui l’ont invité.
Un modèle fondé sur la viabilité économique
Le maraîchage biologique intensif vise à optimiser les rendements et les revenus sur de petites surfaces. Le maraîcher indique qu’en 2011, lorsque son approche a été présentée en France, les microfermes n’y existaient pas encore sous cette forme. Son réseau en compte désormais plus de 300.
- une production maraîchère sur de petites surfaces ;
- une recherche de rendement et de rentabilité ;
- la possibilité de créer des débouchés alimentaires de proximité ;
- des effets attendus sur le lien social, la biodiversité et l’occupation des territoires.
Le modèle est déjà expérimenté dans plusieurs régions françaises. Jean-Martin Fortier cite notamment le Campus Cultive en Vendée et un projet de ferme près de Mortagne, dans le Perche. Ces sites sont devenus des fermes-écoles après quelques années : ils permettent au public d’observer concrètement le fonctionnement de ces structures.
Des effets qui dépassent la production de légumes
Pour l’intervenant, la solidité économique des exploitations conditionne aussi leurs bénéfices collectifs. Une ferme capable de durer peut contribuer au lien social, à la biodiversité et au maintien d’une activité agricole dans des secteurs où les terres sont dispersées. Dans les Alpes-Maritimes, l’objectif est donc de considérer les terrains morcelés non comme des espaces inutilisables, mais comme des supports possibles pour une agriculture de proximité.
Cette approche ne repose pas sur l’agrandissement des exploitations, mais sur leur multiplication. Elle propose ainsi de remettre la viabilité économique des petites fermes au centre des politiques d’occupation du sol et de transition alimentaire, en s’appuyant sur les spécificités de chaque territoire.