Quand planter des fraisiers ?
La date de plantation conditionne directement la vigueur des plants et l’abondance de la récolte. Il existe deux grandes fenêtres selon les régions et les types de fraisiers.
Plantation de printemps (mars-avril)
La plantation de printemps s’effectue de mars à avril, dès que le sol n’est plus gelé et que les températures nocturnes restent au-dessus de 0 °C. C’est la période privilégiée dans les régions au climat frais ou montagnard, où les gels tardifs rendent la plantation d’automne risquée. Les plants mis en terre au printemps s’établissent progressivement et peuvent donner quelques fruits dès le premier été, à condition de supprimer les premières fleurs pour favoriser l’enracinement.
Plantation d’automne (août-octobre)
La plantation d’automne, entre août et octobre, est généralement recommandée pour obtenir une récolte franche dès le printemps suivant. Le sol encore chaud favorise un enracinement rapide avant l’hiver, et les plants entament leur dormance dans de bonnes conditions. C’est la période idéale dans la moitié sud de la France et dans les zones au climat tempéré. On vise idéalement août-septembre pour laisser six à huit semaines d’enracinement avant les premières gelées.
Fraisiers remontants : un calendrier spécifique
Les fraisiers remontants ont un calendrier légèrement différent. Plantés en mars-avril, ils peuvent produire dès l’été de la même année et continuer jusqu’aux premières gelées automnales. Une plantation estivale (juin-juillet) est également possible pour des récoltes à l’automne. Évitez en revanche de planter des fraisiers remontants trop tard en automne : ils n’auraient pas le temps de s’enraciner correctement avant le froid.
| Type de fraisier | Période de plantation | Première récolte |
|---|---|---|
| Non remontant (ex. Gariguette) | Août-octobre ou mars-avril | Printemps suivant |
| Remontant (ex. Mara des Bois) | Mars-avril ou juin-juillet | Été de la même année |
| Quatre saisons | Mars-mai | Été de la même année |
Où planter les fraisiers : exposition et type de sol
Un bon emplacement fait souvent toute la différence entre une plantation qui stagne et des plants vigoureux. Le fraisier est exigeant sur deux points : la lumière et la qualité du sol.
Ensoleillement et exposition idéale
Le fraisier a besoin d’une exposition ensoleillée — au moins six heures de soleil direct par jour — pour développer des fruits sucrés et bien colorés. Une légère mi-ombre l’après-midi est tolérée, voire bienvenue dans les régions très chaudes pour éviter le dessèchement des fruits. En revanche, un emplacement trop ombragé favorise les maladies fongiques comme le botrytis et diminue fortement le rendement.
Évitez les zones exposées aux vents froids du nord ou sujettes aux gelées tardives, qui peuvent compromettre la floraison printanière.
Type de sol et pH recommandé
Le fraisier prospère dans un sol légèrement acide, avec un pH compris entre 5,5 et 6,5. Au-delà de 7, la plante présente rapidement des carences en fer (chlorose), visibles sous forme de jaunissement des feuilles entre les nervures. En dessous de 5,5, la disponibilité de certains nutriments diminue aussi.
Le sol bien drainé est indispensable : les fraisiers ne supportent pas les excès d’eau en permanence à la racine, qui favorisent les pourritures racinaires. Un sol argilo-sableux, riche en matière organique, constitue l’idéal. Les sols très argileux et compacts doivent être amendés avant la plantation. Selon les données agronomiques de l’INRAE sur la culture du fraisier, la texture et la richesse en matière organique du sol figurent parmi les premiers facteurs limitants du rendement.
Préparer le sol un mois à l’avance
Idéalement, préparez l’emplacement trois à quatre semaines avant la plantation. Bêchez le sol sur une profondeur de 30 à 40 cm pour l’ameublir et éliminer les mauvaises herbes vivaces (chiendent, liseron). Incorporez ensuite :
- Du compost mûr (3 à 5 kg/m²) ou du fumier décomposé pour enrichir le sol en matière organique ;
- Du sable grossier ou du gravier si le sol est très compact, pour améliorer le drainage ;
- De la poudre de soufre ou de la tourbe de sphaigne pour acidifier légèrement si le pH dépasse 7.
Laissez le sol se tasser naturellement avant la mise en place des plants : planter dans un sol fraîchement travaillé et encore meuble peut provoquer un affaissement et enfoncer le collet trop profondément — une erreur classique que nous détaillons dans la section suivante.
Comment planter des fraisiers en pleine terre
La plantation en pleine terre reste la méthode la plus courante et la plus productive. Elle demande un minimum de rigueur, notamment sur l’espacement et la profondeur, deux paramètres souvent négligés.
Préparer les trous de plantation
Creusez des trous d’environ 15 cm de profondeur et 20 cm de diamètre — suffisamment larges pour accueillir les racines à plat, sans les plier ni les recourber vers le haut. Ajoutez éventuellement une petite pincée de compost au fond du trou avant d’y positionner le plant.
Espacement entre les plants : distance à respecter
Respectez un espacement de 30 à 40 cm entre chaque plant sur le rang, et de 50 à 60 cm entre les rangs. Ces distances garantissent une bonne aération — essentielle pour limiter le développement des champignons — et facilitent le désherbage ainsi que la récolte. Un espacement insuffisant favorise la concurrence racinaire et réduit la taille des fruits.
Pour les petites variétés des quatre saisons, 25 à 30 cm entre les plants suffisent. La Royal Horticultural Society (RHS) recommande des espacements similaires dans ses fiches de culture du fraisier, confirmant que ces valeurs sont cohérentes quelle que soit la zone climatique tempérée.
Quelle profondeur pour planter les fraisiers ?
C’est le point le plus souvent mal maîtrisé : le collet du fraisier — la jonction entre les racines et les tiges feuillées — doit être exactement au niveau du sol, ni enterré ni surélevé.
- Collet trop enterré : les feuilles et la couronne se retrouvent sous la terre, ce qui provoque une pourriture rapide de la plante ;
- Collet trop haut : les racines sont exposées à l’air, la plante se dessèche et dépérit.
Pour vérifier, posez simplement une baguette ou un tuteur horizontalement sur le bord du trou : le collet doit affleurer exactement au niveau de cet outil. Cette technique simple évite la principale cause d’échec des plantations de fraisiers.
Poser le plant et arroser après la mise en terre
Après avoir positionné le plant à la bonne profondeur, tassez fermement la terre autour des racines pour éliminer les poches d’air, puis arrosez immédiatement et généreusement — compter environ 0,5 à 1 litre d’eau par plant. Cet arrosage d’installation favorise le contact entre les racines et le sol et enclenche l’enracinement. Répétez l’arrosage tous les deux à trois jours pendant les deux premières semaines si le temps est sec.
Comment planter des fraisiers en pot ou en jardinière
La culture en pot ou en jardinière convient parfaitement aux balcons, terrasses et petits jardins. Elle demande quelques ajustements par rapport à la pleine terre, notamment sur le choix du contenant et du substrat.
Choisir le bon contenant (taille, drainage)
Optez pour un pot percé d’un diamètre minimum de 25 cm par plant. Un contenant trop petit limite le développement racinaire et oblige à des arrosages très fréquents. En jardinière, prévoyez au moins 20 à 25 cm de profondeur de substrat.
Le drainage est non négociable : déposez une couche de billes d’argile (3 à 5 cm) au fond du conteneur avant de le remplir de terreau. Cette couche drainante empêche les racines de baigner dans l’eau stagnante.
Quel terreau utiliser pour les fraisiers en pot ?
Utilisez un terreau spécial fruits ou terreau universel de qualité, légèrement acide (pH 5,5-6,5). Vous pouvez l’enrichir avec 20 à 30 % de compost mûr ou de fumier de cheval déshydraté pour apporter des nutriments sur la durée. Évitez les terreaux très tourbeux seuls, qui ont tendance à se tasser rapidement et à mal se réhumidifier une fois secs.
La règle du collet reste identique à la pleine terre : le collet affleure le niveau du substrat, jamais en dessous.
Planter des fraisiers en hauteur ou en bac surélevé
Les bacs surélevés et les jardinières en hauteur présentent plusieurs avantages : meilleure aération, facilité de récolte, moindre risque de limaces et de pourriture au niveau des fruits. Prévoyez un bac d’au moins 30 cm de profondeur pour un développement racinaire optimal. Espacez les plants de 25 à 30 cm.
Les fraisiers en hauteur ou suspendus — dans des jardinières à poches ou des pots à fraisiers — conviennent particulièrement aux variétés remontantes ou aux fraisiers des quatre saisons, qui produisent sur une longue période. Attention : plus le contenant est petit, plus l’arrosage devra être fréquent (souvent quotidien en été).
Quelle variété de fraisier planter ?
Le choix de la variété détermine la saison de récolte, le goût des fruits et l’effort d’entretien. Voici les principales catégories avec leurs représentantes les plus cultivées en France.
Fraisiers non remontants : Gariguette, Ciflorette…
Les fraisiers non remontants produisent une seule récolte par an, concentrée sur quatre à six semaines au printemps (mai-juin). Ils offrent souvent les fruits les plus parfumés.
- Gariguette : variété précoce (mai), fruits allongés, très parfumés, chair juteuse. La référence des marchés français. À planter de préférence en août-septembre.
- Ciflorette : mi-saison, fruits fermes et sucrés, bonne résistance aux maladies. Intéressante pour les jardiniers débutants.
- Clery : très précoce, chair ferme, rendement élevé. Appréciée pour la congélation et la confiture.
Fraisiers remontants : Mara des Bois, Seascape…
Les fraisiers remontants produisent plusieurs vagues de fruits du printemps jusqu’aux premières gelées d’automne. Idéaux pour une production étalée sur toute la saison.
- Mara des Bois : la star des remontants, avec un goût proche de la fraise des bois. Fruits petits à moyens, très parfumés. Production abondante si le sol est bien drainé et ensoleillé.
- Seascape : fruits larges et fermes, rendement élevé, bonne tolérance à la chaleur. Convient bien aux régions méridionales.
- Charlotte : fraisier remontant français très apprécié, fruits rouges brillants, goût équilibré, bonne résistance à l’oïdium.
Fraisiers des quatre saisons
Les fraisiers des quatre saisons produisent en continu de mai à novembre, mais avec des fruits plus petits. Ils ne produisent généralement pas de stolons, ce qui simplifie l’entretien. Parfaits en pot ou en bordure de massif, ils demandent peu d’espace et sont peu exigeants.
Entretien des fraisiers après la plantation
Une bonne plantation ne suffit pas : c’est l’entretien régulier qui garantit des récoltes satisfaisantes année après année.
Arrosage et paillage
Les fraisiers ont besoin d’un arrosage régulier, surtout pendant la floraison et la formation des fruits. En règle générale, apportez 1 à 2 litres d’eau par m² tous les deux à trois jours en période sèche, en arrosant à la base des plants pour éviter de mouiller les fruits et le feuillage (ce qui favorise le botrytis).
Le paillage est l’un des gestes les plus efficaces et pourtant sous-utilisé chez les jardiniers amateurs. Appliquez une couche de 5 à 8 cm de paille, de feuilles broyées ou de BRF (bois raméal fragmenté) autour des plants après la plantation. Le paillage remplit plusieurs fonctions simultanément :
- Maintien de l’humidité du sol (économie d’arrosage de 30 à 40 %) ;
- Protection des fruits contre les éclaboussures de terre et la pourriture ;
- Limitation des mauvaises herbes ;
- Régulation de la température du sol en hiver comme en été.
Le paillage de paille est une pratique traditionnelle qui a d’ailleurs donné son nom à la plante — strawberry en anglais vient de straw (paille).
Fertilisation et apport d’engrais
Au printemps, à la reprise de végétation, apportez un engrais spécial fraisier ou fruitier, riche en potasse (K) pour favoriser la qualité des fruits. Un apport de compost en mulch (2 à 3 cm) autour des plants au début du printemps constitue une alternative naturelle efficace.
Évitez les engrais trop riches en azote qui stimulent la croissance des feuilles au détriment des fruits. Après la récolte, un second apport léger d’engrais potassique soutient la reprise végétative des fraisiers remontants.
Supprimer les stolons ou les laisser pour multiplier
Les stolons — ces longs fils rampants que le fraisier émet en été — servent à la multiplication végétative. Si votre objectif est la production de fruits, supprimez-les régulièrement au sécateur : ils drainent l’énergie de la plante mère au détriment des fruits.
Si vous souhaitez multiplier vos plants, laissez les stolons les plus vigoureux s’enraciner dans de petits godets remplis de terreau posés à même le sol. Une fois bien enracinés (six à huit semaines), coupez le stolon et repiquéz les nouveaux plants. C’est la méthode la plus simple et la plus économique pour renouveler une plantation vieillissante — les fraisiers perdent en productivité après trois à quatre ans.
Maladies et problèmes courants des fraisiers
Les fraisiers sont sensibles à quelques maladies et ravageurs spécifiques. Une bonne prévention culturale (espacement, paillage, arrosage raisonné) limite fortement les risques.
Botrytis (pourriture grise) : prévention
Le botrytis (Botrytis cinerea) est la principale maladie fongique du fraisier. Il se manifeste par une pourriture grise et cotonneuse sur les fruits, surtout par temps humide et froid. La prévention passe par :
- Un espacement suffisant pour assurer la circulation de l’air ;
- Un arrosage au pied (jamais sur le feuillage) ;
- La suppression immédiate des fruits atteints et des feuilles mortes ;
- Le paillage, qui isole les fruits du sol humide.
En cas d’attaque sévère, certains traitements à base de bicarbonate de potassium ou d’extraits de plantes peuvent limiter la progression. Vérifiez toujours que les produits utilisés sont homologués en France pour cet usage : l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) publie la liste des produits phytosanitaires autorisés sur son site officiel.
Oïdium et pucerons : solutions naturelles
L’oïdium se manifeste par un feutrage blanc poudreux sur les feuilles et les fruits. Il se développe surtout par temps chaud et sec avec des nuits fraîches. Le soufre mouillable (homologué en agriculture biologique) constitue le traitement de référence, à appliquer préventivement ou aux premiers symptômes.
Les pucerons colonisent le revers des feuilles jeunes et déforment les pousses. Plusieurs solutions naturelles sont efficaces : pulvérisation de savon noir dilué (2 %) ou introduction d’auxiliaires comme les coccinelles. En cas d’infestation importante, orientez-vous vers des produits à base de pyrèthre naturel, en vérifiant leur statut réglementaire auprès de l’ANSES avant toute application.
Questions fréquentes sur la plantation des fraisiers
Quelle distance faut-il respecter entre deux pieds de fraisiers ?
La distance recommandée est de 30 à 40 cm entre deux plants sur le même rang, et de 50 à 60 cm entre deux rangs. Ces espacements garantissent une bonne aération, réduisent les risques de maladies fongiques et facilitent l’entretien. Pour les petites variétés des quatre saisons, 25 à 30 cm sur le rang peuvent suffire.
À quelle profondeur doit-on planter les fraisiers ?
Le fraisier ne se plante pas à une profondeur fixe en centimètres, mais selon la position du collet : le collet doit affleurer exactement le niveau du sol, ni au-dessus, ni en dessous. Collet enterré = pourriture assurée. Collet trop haut = dessèchement des racines. Utilisez un outil posé horizontalement sur le bord du trou pour vérifier le niveau avant de tasser la terre.
Peut-on planter des fraisiers directement dans du terreau ?
Oui, les fraisiers peuvent être plantés dans du terreau pur, notamment en pot ou en jardinière. Choisissez un terreau fruits et légumes ou universel de qualité, légèrement acide. En pleine terre, le terreau seul n’est pas adapté : il se dessèche trop vite et manque de structure. Mieux vaut l’incorporer au sol existant (20 à 30 % du volume) en complément d’un apport de compost.
Quelle est la différence entre un fraisier remontant et non remontant ?
Un fraisier non remontant produit une seule récolte par an, concentrée sur quatre à six semaines au printemps. Il donne généralement des fruits plus gros et plus parfumés (Gariguette, Ciflorette). Un fraisier remontant fleurit et fructifie en plusieurs vagues de mai jusqu’aux gelées d’automne, avec des fruits souvent plus petits mais une production étalée sur toute la saison (Mara des Bois, Charlotte). Le choix dépend de votre usage : récolte abondante sur une courte période ou production continue tout l’été.
Faut-il couper les stolons après la plantation ?
Dans les premières semaines suivant la plantation, supprimez systématiquement les stolons pour concentrer l’énergie du plant sur son enracinement et sa croissance. Une fois la plante bien établie, coupez également les stolons si vous voulez maximiser la production de fruits. Ne les conservez que si vous souhaitez multiplier vos plants — dans ce cas, laissez-en deux ou trois par pied s’enraciner dans des godets, puis coupez le stolon une fois la plantule autonome.






